Au Maroc, seules 15,4 % des femmes de 15 ans et plus exercent un emploi contre rémunération ou profit au deuxième trimestre 2026, contre 61,1 % des hommes. Ces résultats du Haut-Commissariat au Plan, repris dans son analyse publiée le 23 octobre, situent l’enjeu bien au-delà des seules difficultés à trouver un poste. Pour comprendre l’accès à un revenu professionnel, il faut aussi regarder ce qui précède la recherche d’emploi.

La participation au marché du travail atteint 18,1 % chez les femmes, contre 66,5 % chez les hommes. Elle rassemble les personnes en emploi et celles qui en recherchent activement un tout en étant disponibles. Une grande partie des femmes demeure donc en dehors de ce groupe. Les difficultés d’accès au revenu se jouent à la fois dans la recherche d’un poste et dans la possibilité même d’entreprendre cette recherche ou de se rendre disponible.

Des besoins d’emploi au-delà du chômage

Le rapport dénombre 374 000 femmes au chômage strict, auxquelles s’ajoute un groupe distinct de 316 000 femmes appartenant à la main-d’œuvre potentielle. Ces dernières souhaitent travailler, mais ne réunissent pas simultanément les conditions de recherche active et de disponibilité. Certaines recherchent un poste sans pouvoir commencer immédiatement ; d’autres sont disponibles sans avoir effectué de démarches actives. Leur situation échappe au seul taux de chômage, alors qu’elle traduit également un besoin de travail.

Ces deux groupes ne doivent pas être confondus avec l’ensemble des femmes éloignées du marché du travail. Dans une tranche d’âge plus restreinte, celle des 15 à 64 ans, le HCP recense environ 9,7 millions de femmes hors main-d’œuvre. Les études ou la formation figurent parmi leurs motifs de non-participation, de même que la santé. Toutes ne sont donc ni en demande d’emploi ni immédiatement disponibles pour en occuper un.

Cette diversité compte dans la manière d’accompagner l’accès à l’emploi. Pour les femmes déjà en recherche et disponibles, l’enjeu est de trouver un poste. Pour celles qui souhaitent travailler sans pouvoir commencer, il faut aussi comprendre ce qui limite leur disponibilité. La distinction retenue par l’Organisation internationale du travail permet de rendre visible ce second besoin, sans supposer qu’une offre d’emploi suffirait, à elle seule, à y répondre.

La participation féminine progresse néanmoins entre les deux premiers trimestres de 2026, passant de 17,5 % à 18,1 %, tandis que le chômage féminin strict recule de 16,1 % à 14,8 %. Cette amélioration trimestrielle, mesurée dans la nouvelle enquête du HCP, nuance le constat d’un accès limité à l’emploi. Elle ne suffit pas à établir une tendance durable, mais montre que faible participation et amélioration des indicateurs peuvent coexister.

Le foyer occupe une place centrale dans les contraintes déclarées

Les raisons déclarées par les femmes de 15 à 64 ans hors main-d’œuvre donnent un contenu concret aux contraintes de disponibilité. Les tâches ménagères et responsabilités au sein du ménage sont citées par 61,6 % d’entre elles, et l’éducation des enfants par 50,3 %. Une même femme pouvait mentionner plusieurs motifs, si bien que ces proportions ne s’additionnent pas. Elles montrent toutefois la place centrale du foyer dans les réponses recueillies.

Le temps absorbé par ces activités a été mesuré dans une autre enquête du HCP, menée entre octobre 2021 et février 2022 auprès de 12 000 ménages. Les femmes de 15 ans et plus consacraient alors en moyenne 4 heures 17 par jour aux travaux ménagers, contre 38 minutes pour les hommes. Cette observation historique éclaire la répartition du temps au sein des foyers ; elle ne décrit pas l’emploi du temps des répondantes interrogées en 2026.

La charge variait aussi selon le lieu de résidence. Dans ce panel, les femmes rurales consacraient 4 heures 43 par jour aux travaux ménagers, contre 4 heures 04 pour les citadines. La moyenne nationale recouvrait ainsi des journées différentes. Pour comprendre les possibilités d’accès à un travail rémunéré, le temps déjà affecté au foyer constitue donc une dimension à examiner aux côtés de la situation sur le marché de l’emploi.

L’absence d’emploi rémunéré ne signifie d’ailleurs pas une absence de travail. Les normes internationales, présentées notamment par la Banque mondiale, distinguent l’emploi contre rémunération ou profit des autres activités productives, dont la production destinée à la consommation du ménage. Les tâches domestiques occupent elles aussi du temps sans procurer de revenu professionnel. Cette frontière explique pourquoi les chiffres de l’emploi doivent être rapprochés des activités effectuées dans le foyer.

Des services qui comptent avant et après l’accès à l’emploi

La composition familiale accentue ces différences. Dans son étude sur l’autonomisation économique des femmes au Maroc, l’OCDE mobilise l’enquête budget-temps de 2011-2012. Les femmes sans enfant de moins de 15 ans consacraient alors moins de quatre heures par jour aux activités domestiques, contre plus de six heures pour celles ayant trois enfants ou davantage. Ces données anciennes documentent un contraste entre ménages, sans permettre d’en déduire son ampleur actuelle.

L’OCDE relie ces écarts aux conditions dans lesquelles les tâches sont accomplies. L’accès à la garde d’enfants, à l’offre préscolaire et aux soins pour les personnes dépendantes compte, tout comme l’eau courante, l’électricité ou les équipements ménagers qui économisent du temps. L’organisation souligne aussi que le recours à une aide à domicile varie selon les ressources des ménages. Les besoins ne se réduisent donc pas à une solution identique pour toutes les femmes.

Les motifs déclarés en 2026 et ces enquêtes historiques éclairent ainsi deux dimensions complémentaires de l’accès au revenu. Trouver un emploi suppose une possibilité de travail, mais aussi du temps pour l’exercer. Les documents ne permettent pas de chiffrer combien d’emplois supplémentaires résulteraient d’une nouvelle offre de garde ou d’un meilleur partage des tâches. Ils rendent en revanche visible le rôle de l’organisation du foyer dans la disponibilité professionnelle.

Cette question demeure après l’entrée dans l’emploi. Dans le panel du HCP de 2021-2022, les femmes qui travaillaient consacraient encore 3 heures 17 par jour aux seules tâches ménagères à l’intérieur du domicile, notamment la cuisine, la vaisselle et le linge. Le travail rémunéré s’ajoutait donc à une charge domestique déjà importante. Les services et le partage de ces tâches concernent aussi les conditions dans lesquelles les femmes peuvent continuer à exercer leur activité.